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ville réversible : de l’infrastructure vers des espaces culturels possibles

Marseille s’appréhende par le mouvement. Elle est rythmée par des ruptures, des sauts d’échelle, des topographies et des séquences. L’autoroute A7 appelée « Autoroute du Soleil » est un élément autoritaire construit en 1971 qui nie ces séquences, et qui a lissé la ville en coupant le quartier Belle-de-mai et en débouchant à moins d’un kilomètre du Vieux-Port. Dans les quartiers nord qu’elle traverse, elle est devenue une barrière mentale dans l’imaginaire collectif. Ces quartiers, victimes du passage de l’infrastructure, sont majoritairement populaires et ont un besoin urgent en équipement public culturel. Le contournement par la rocade L2, remet en question la nécessité de l’autoroute et le projet de la Porte d’Aix qui a détruit ses 300 derniers mètres, est certainement à l’image de son avenir.

La posture de ce projet est de prendre le contre-pied de sa destruction totale et de proposer plusieurs séquences qui font écho aux différentes identités de la ville. L’avant-dernier tronçon devient une transition qui réduit la vitesse de la voiture tandis que les derniers kilomètres en viaduc deviennent une promenade urbaine uniquement destinée aux piétons. Stratégiquement situé entre ces deux séquences, l’échangeur du Boulevard des Plombières offre de nouveaux espaces fonciers suite à la déviation de la voiture en amont. Le projet prévoit ici un Centre Culturel qui marque le début de la promenade urbaine au sud et qui se tourne vers les quartiers nord avec des programmes publics. Une piscine, une bibliothèque, un cinéma, un pôle musiques actuelles et des logements s’enchevêtrent et créent des relations architecturales et sociales par la mixité des programmes et par le rapport avec un nouvel espace urbain attractif.

La matière provenant des parties détruites de l’autoroute va permettre la construction du Centre Culturel. Il est aujourd’hui possible de couler un béton recyclé suite à des étapes de concassage et de broyage d’anciennes constructions. Les éléments les plus fins issus de ce recyclage peuvent même produire du ciment. Différentes tailles de granulat sont obtenues, ce qui va influencer différentes textures de béton dans le projet : les éléments les plus petits vont permettre un béton plus lisse tandis que les éléments les plus grossiers vont donner un aspect « caverneux ». La diversité des textures va jouer avec la diversité programmatique de l’édifice.

Cette reconstruction de la ville sur elle-même, alternative à la table rase, encourage un nouveau regard du contexte urbain actuel. Le réemploi du béton, une pierre trop souvent impopulaire, montre ici un renouvellement urbain plus social et plus respectueux du terroir marseillais.