chandigarh



critique de la réinterprétation du projet moderne - une limite habitée pour chandigarh

L’Inde obtient son indépendance en 1947 et Nehru veut, pour la nouvelle nation, une capitale à l’image de ses idées modernes. Il fait ainsi appel à Le Corbusier dès 1950. Le prototype corbuséen se place sur un site vierge, sur lequel on a supprimé les éléments anciens. Ce qui est important pour Le Corbusier, ce n’est pas l’imitation ni la conservation de formes passées mais bien la compréhension des leçons de ce dernier. L’architecte va placer une série de règles pour le dessin de la ville nouvelle. De leur rigidité, il tirera une grande diversité de variantes et proposera un certain lyrisme dans le dessin. Ces idées seront appliquées par les architectes et politiciens qui passeront après Le Corbusier. Cepen- dant, l’absence de requestionnement de ces règles aura pour conséquence la réinterprétation - involontaire certes - d’un style ; phénomène contraire aux dogmes corbuséeens. Du prototype, on passera alors au stéréotype.

La ville de Chandigarh se développe dans l’urgence car elle attire nombre de nouveaux habitants. Cette hâte a pour conséquence l’uniformisation des territoires en des non-lieux contem- porains par la baisse du nombre de typologies de bâtis et l’aplatissement des distinctions entre les types de voiries. Les campagnes de privatisation et la pression foncière auront raison des idées universalistes modernes qui voulaient un logement décent pour tous. Aujourd’hui à Chandigarh, 25% de la population n’a pas accès à un logement.

Le projet a pour objectif d’aller à l’encontre de l’homogénéisation du territoire en lui proposant une limite, en retrouvant de la spécificité dans le dessin et en suggérant une typologie capable de supporter l’arrivée massive de nouveaux habitants.

On va alors proposer une limite habitée à la ville, distinguant deux entités : la ville et l’étendue. La limite va se servir des éléments qui existent sur le site, en ajouter d’autres et les croiser avec la trame de la ville. On créé ainsi des situations particulières génératrices de richesses dans la répétition. A l’échelle du quartier, on reprend des principes corbuséens et on les adaptes au mode de vie contemporain. De la même manière qu’au niveau du territoire, on propose des limites marquées mais poreuses. Entre le sol et les toits sur lesquels se déclinent les espaces publics, des logements viennent se pluger sur les noyaux verticaux. Ces derniers sont pivotés de manière à proposer deux gaines pour chaque foyer. On offre ainsi une structure générique, permettant le développement du spécifique.

En critiquant la manière dont le projet corbuséen a été réinterprété, on a ici cherché à montrer qu’on peut se placer en continuité des volontés modernes en les adaptant à l’époque et à notre façon contemporaine de percevoir le monde. En proposant un projet qui s’applique à toutes les échelles, on est, tout comme Le Corbusier, conscient qu’on ne commence pas de zéro mais qu’il faut  repenser les pratiques et les discours entrés dans les normes, parfois de manière involontaire.