Lyon Confluence 2:

les causes et

conséquences d’un

« assagissement »




Introduction


    Le projet d’aménagement de Lyon Confluence fait partie des grands projets urbains qui ponctuent le paysage français depuis le début des années 2000. Dans un contexte de pluralisation des systèmes de décision des villes (1), il est représentatif de la diversité des modes de faire en France. Conçu en deux phases qui se distinguent très fortement l’une de l’autre, il illustre des méthodes différenciées. Cette étude considère dans un premier temps le plan directeur de la seconde phase et pose la question de la nature du revirement urbain vis-à-vis de la première phase et des démarches nécessaires à ce changement. Dans un second temps, on analysera le premier îlot sorti de terre de cette opération qui se veut manifeste. Il s’agira alors de comprendre si l’unité urbaine dont il fait preuve est issue d’un mode de consultation et d’un travail commun entre les différents acteurs. Ces réflexions nous amèneront à considérer l’impact d’un projet à l’échelle de l’îlot, aussi bien sur la cohérence globale, que sur l’interaction et les intérêts des différents acteurs.




Plan directeur de Lyon Confluence. Trait noir : le périmètre de la phase 2
Source : Herzog & de Meuron,  Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.7




A/ Lyon Confluence 2 : Le Rhône se détache de la Saône

La phase 1, une opération symptomatique de la façon de faire à la française

Si il est bien une image que chacun retient de la première phase d’aménagement de Lyon Confluence, c’est le caractère exceptionnel de ses bâtiments. Couleurs criardes, nombreux gestes architecturaux ; quel que soit la fonction qu’ils contiennent, les bâtiments prônent leur singularité. Cette caractéristique n’est pas une anomalie de l’histoire, c’est ainsi que François Grether a pensé ce secteur dont la SEM Lyon Confluence lui a confié la maîtrise d’oeuvre urbaine au début des années 2000. « Le projet urbain pose un cadre, puis les concours d’architecture ont pour objectif, sur chaque bâtiment, de recevoir des propositions très plurielles, à l’image de notre époque et des nombreux courants de l’architecture contemporaine » (2) avait-il annoncé dès 2006. La diversité architecturale devait donc représenter la multiplicité des approches de l’époque et cette tendance va se retrouver dans de nombreux projets d’aménagement français tels que Clichy-Batignolles à Paris (également conçu par François Grether) ou Massena, à l’extrémité sud du quartier de la rive gauche à Paris (selon un plan de Christian de Portzamparc). A tel point que l’on peut avoir le sentiment d’assister à une uniformisation de ce vocabulaire à l’échelle française là où, justement, on avait l’hétérogénéité comme objectif.
On peut y voir comme conséquence un quartier qui se distingue comme étant un « feu d'artifice d'architectures bodybuildées » (3), un quartier qui place l’exceptionnel comme étant la norme. Regardé à l’échelle nationale, ce quartier peut être vu comme une illustration du « projet urbain à la française » (4) dans le sens où la diversité devient générique. Cette ZAC, qui s’inscrit sur le coté Saône de la Confluence, a été lancée en 2003 ; les derniers bâtiments qui la composent seront livrés dans les années à venir.



Lyon Confluence : phase 1, Document de l’auteur



Histoire d’un « assagissement »

L’ancien directeur de Lyon Confluence, Jean-Pierre Gallet, considère que l’une des chances permises par le temps long de l’aménagement est de pouvoir requestionner le projet. (5) Le revirement envisagé avec la seconde phase du projet, coté Rhône, en est l’illustration. Pour ce faire, la SPL a lancé un concours international sur invitation pour la définition de son plan directeur qui a été remporté en 2009 par l’agence bâloise Herzog & de Meuron et le paysagiste parisien Michel Desvigne (qui travaillait également sur la première phase). Si les SPL sont régulièrement dirigées par des professionnels de l’aménagement, elles n’en sont pas moins présidées par le corps politique, le Président de la Métropole de Lyon dans notre cas. C’est d’ailleurs en tant que maire de la ville dans laquelle s’inscrit le projet et président du Grand Lyon que
Gérard Collomb pîlotera le projet avec une grande présence. (6) L’ambition qu’il porte est de planifier un second secteur qui contraste avec le premier quartier : « La morphologie est différente » dira-t-il en 2011. (7) Cette volonté, portée par le corps politique, est partagée par l’aménageur. Il s’agit pour Benoît Bardet, directeur adjoint de la SPL, d’y créer des quartiers de vie, un « espace assagi » qui s’oppose aux ambitions métropolitaines et de rayonnement de la première phase. (8) La volonté de renouveau se ressent ainsi à toutes les échelles des corps dirigeants même si les intérêts de chacun ne sont pas forcément les mêmes (assoir une légitimité politique, modifier l’image d’un quartier,...). C’est dans ce cadre - et en opposition aux « courbettes et [aux] épidermes scintillants des immeubles de la ZAC Lyon Confluence 1 » (9) - qu’Herzog & de Meuron et Michel Desvigne élaborent pour la SPL un PLU qui sera officialisé en 2012 et qui permet d’adapter la règlementation du secteur aux ambitions générales du projet : les règles qui seront communes à l’aménagement de tous les îlots se retrouvent dans ce document. Leur mission ne s’arrêtera toutefois pas là puisqu’ils poursuivront la collaboration avec Lyon Confluence en définissant les cahiers des charges qui s’appliqueront pour les différents îlots et équipements publics du quartier. Cette mission en tant qu’assistant à la maîtrise d’ouvrage (AMO) aura pour objectif d’affiner les orientations prévues dans le plan directeur et dans le PLU à chaque îlot : le document pourra servir de base aux concours et aux développements de différents projets. En plus de cette tâche et depuis 2016, les urbanistes et paysagistes membres du groupement de maîtrise d’oeuvre promulguent des conseils à la SPL et interviennent dans les jurys afin de maintenir la cohérence d’ensemble du quartier.



Les grandes idées

En quoi cette seconde phase propose-t-elle un revirement par rapport à la précédente ? Nous distinguerons, dans cette sous-partie, deux raisons : d’une part, la forme urbaine et, d’autre part, le mode de sélection des groupements invités à construire un îlot.

Le plan de la seconde phase de Lyon Confluence prévoit de construire 420.000m2 sur 35 hectares, soit un ensemble relativement dense. Contrairement à la première phase qui permet un positionnement plutôt libre des bâtiments au sein de l’îlot, ce point est particulièrement défini par le PLU et les cahiers des charges dans la seconde. Les bâtiments sont, par principe, positionnés à l’alignement de la rue et sont espacés par une longueur imposée (4 ou 8m en fonction du contexte). Des retraits, en opposition à cet alignement, sont contraints pour les bâtiments qui présentent une hauteur plus conséquente de manière à créer des entrées, des placettes et à bénéficier à l’ensoleillement. Au final, ce mode de raisonnement amène à une forme de ville relativement traditionnelle, qui veille à limiter le caractère exceptionnel des implantations et qui repose, d’après les urbanistes, sur une ambivalence entre ville dense et cours jardinées (10). L’objectif affiché est de rendre la ville « marchable » (11) : la longueur des façades sur rue ne doit pas être trop conséquente pour que le piéton ne subisse pas leur monotonie et qu’il puisse faire le choix de traverser l’îlot en empruntant la cours jardinée. Ce principe se retrouve dans le plan directeur pour l’ensemble du quartier à travers la « règle des 25 degrés » (cf. annexes).

Afin de limiter toute gesticulation architecturale, les urbanistes contraignent les architectes à proposer des bâtiments qui entrent dans un gabarit volumétrique simple. Seuls les plans des différents étages et typologies peuvent contraindre la volumétrie d’ensemble. Les bâtiments doivent alors être des extrusions simples de leur emprise au sol et peuvent être creusés de loggias en fonction des besoins du plan. Difficile de ne pas voir dans le schéma du plan directeur qui définit cette règle une volonté de placer les bâtiments singuliers de la phase 1 comme contre-exemples (cf. annexes) ! Ce principe d’extrusion simple s’applique pour des bâtiments aux hauteurs différentes. Les urbanistes en distinguent trois : les « immeubles de belle hauteur » (R+ 9 à 16), les constructions de hauteur intermédiaire (R+5 à 7) qui rappellent celle de la ville historique lyonnaise et les structures basses (R+2) qui sont un clin d’oeil à l’échelle des halles industrielles qui occupaient historiquement le site de Confluence. On comprend alors une volonté d’associer, par les hauteurs, le projet à un contexte. 

Le plan d’urbanisme prévoit également la mutualisation des parkings à l’échelle de l’opération : un parking souterrain de plusieurs niveaux est planifié de manière à ce que les différents bâtiments limitent leurs stationnements à leur emprise. Ce faisant, les espaces libres - les cours jardinées, peuvent être plantées, la ville donne priorité au piéton et l’opération répond à des ambitions contemporaines de limitation de la place de d’automobile. Le plan d’urbanisme ne va pas se limiter aux gabarits des constructions ; il va également placer des règles qui concernent l’apparence architecturale des bâtiments. Elles ont pour principal objectif de générer de l’unité dans l’ensemble et « invitent architectes et promoteurs à ne pas donner dans l’emphase, le spectaculaire ou les couleurs criardes pour définir l’identité des immeubles » (12) . S’agit-il là d’un nouveau pied de nez à l’urbanisme de la première phase ? Les recommandations visent alors à privilégier les matériaux minéraux et les coloris clairs qui rappellent les « constructions historiques se trouvant au nord de la presqu’ile Lyonnaise »(13) . Une fois encore, les prescriptions urbaines et architecturales cherchent à contextualiser le projet.



Extraits du plan directeur de Lyon Confluence 2 : Limite des longueurs  et Enveloppe rectangulaire
Source : Herzog & de Meuron,  Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.7


Venons en maintenant à analyser le mode de sélection des groupements invités à construire un îlot. Pour la seconde phase de Lyon Confluence, les consultations se font, non pas à l’échelle du lot, mais à l’échelle de l’îlot. Un promoteur et un architecte « chef d’îlot » sont désignés à l’issue d’un concours où le dessin architectural n’a pas sa place : les critères économiques, programmatiques ainsi que les ambitions en termes de prise en compte de l’environnement ou de l’innovation sont valorisés. A l’issue de cette sélection, l’architecte « chef d’îlot » (une reconnaissance internationale semble nécessaire pour prétendre à ce poste) soumet au promoteur mandataire du groupement et à la SPL une liste d’architectes qui viendront compléter son équipe. Il aura pour charge de maintenir la cohérence de l’îlot. 

D’après Herzog & de Meuron, dont l’un des associés fondateurs a lancé conjointement avec Gérard Collomb les trois premières consultations au Mipim de Cannes (14), ce mode de sélection des architectes permet de faire collaborer personnalités internationales de l’architecture, des agences de renommée nationale et de jeunes talents. Mais tous devront, au préalable, collaborer avec le promoteur à la tête du groupement. 

Cette seconde phase se distingue donc de la première dans le sens où elle prône un retour aux formes traditionnelles et des références au contexte lyonnais : ce revirement lié au gabarits urbains et à l’apparence architecturale s’oppose avant tout de manière symbolique au constructions coté Saône. D’autre part, cette phase choisit de sélectionner l’échelle de l’îlot plutôt que celle de la parcelle pour la sélection des lauréats et privilégie la renommée (des architectes) et les engagements (des promoteurs) sur la qualité d’une esquisse.


Un revirement qui passe nécessairement par le grossissement de l’échelle d’intervention

Si le revirement lié aux formes urbaines et architecturales permet de se distinguer d’un urbanisme « à la française », générique malgré lui, cette transformation est avant tout symbolique. Le passage de l’échelle du lot à celle de l’îlot pour les consultations l’est moins. Elle permet, pour des promoteurs, de dessiner des morceaux de ville dont la qualité dépendra nécessairement des rapports de force avec le public. Et dans le cas de Confluence 2, cela pose naturellement question puisque la réussite du projet dépend de l’ouverture des cours jardinées. Il est toujours très difficile de savoir si les bonnes intentions initiales qui prévoient la possibilité d’y circuler ne seront pas, à terme, oubliées pour raisons de maintenance, de respect de voisinage ou par « sécurité ». La façon de vivre le quartier serait fortement impactée par un changement de statut de ces cours. Pour la SPL, cette échelle est nécessaire pour les investissements importants liés aux développement d’innovations s’équilibrent. Le géographe Michel Lussault y voit quant à lui, un risque que « cette seconde phase soit plus obsédée par la rentabilité foncière que par la qualité urbaine » (15). A l’échelle du plan directeur de Confluence 2, il s’agit alors d’espérer que le qualitatif assagissement urbain générateur d’îlots compacts ne vienne pas provoquer des bouts de ville privés et cloisonnés.



B/ L’îlot A3, l’illustration du revirement

Un îlot unanimement salué

L’îlot A3, à l’extrémité nord de la seconde phase d’aménagement, est le premier à être sorti de terre en 2018. Icade a été nommé lauréat en 2013, avec Herzog & de Meuron comme architectes « chef-d’îlot » selon un concours qui exigeait des promoteurs qu’ils s’engagent sur des points comme la mixité programmatique, la durabilité ou les prix de vente des bâtiments. Les architectes qui ont complété l’équipe ont ensuite été soumis par l’architecte « chef-d’îlot » au promoteur et à la SPL. Tatiana Bilbao (Mexico), Christian Kerez (Zurich), Manuel Herz (Bâle) et AFAA (Lyon) ont ainsi été désignés. L’opération de 28.100m2, divisée en neuf bâtiments sur un îlot de 7.690m2, est alors conçue. A sa livraison, la qualité de l’opération est soulignée par les différents acteurs et par la presse qui y voit la « preuve qu’attiser la curiosité ne passe pas forcément par une surenchère de signes » (16). De son coté, la métropole souligne par son vice-président chargé de l’urbanisme, Michel Le Faou, que l’îlot est démonstrateur des constructions à venir de la seconde phase et de l’ « écriture plus sage, une architecture apaisée, un retour de l'îlot à la lyonnaise » (17). Enfin, Olivier Wigniolle, patron d’Icade, salue le travail de fond qui a pu associer les différents acteurs du projet pour créer un îlot qui se distingue : « Un tel niveau d'exigence [...] avec appartements haut de gamme, intermédiaires et sociaux, c'est du jamais-vu. » (18) Intéressons-nous de plus près aux raisons urbaines de ce succès.


Application des grandes idées du plan directeur

Dans une interview donnée en 2017, Tatiana Bilbao, l’architecte en charge des deux bâtiments à l’extrémité sud de l’îlot, tente de montrer que la réussite du projet tient du fait que l’îlot est un ensemble unique si bien qu’on ne peut déplacer un bâtiment sans impacter la cohérence d’ensemble. (19) Ce point qui participe à coup sûr de la qualité générale est sûrement rendu possible par la simplicité du plan urbain ; les bâtiments sont positionnés à l’alignement des rues et ne sont pas mitoyens, la cours est l’espace libre qui en résulte à l’intérieur de l’îlot. Cette simplicité est d’ailleurs ce qui permet, d’après Christine Binswanger, responsable du projet chez Herzog & de Meuron, de tenir la qualité du projet dans le temps (20), afin que ce qui est réalisé soit le plus fidèle possible au projet. En dehors de cette simplicité, l’îlot A3 se doit d’illustrer les principes du plan guide à savoir le postulat de l’unité dans la diversité. L’îlot contient une certaine mixité programmatique mais dans des bâtiments aux formes géométriques, propose des hauteurs différentes mais confère aux bâtis une matérialité et une teinte similaire, fait interagir des projets à l’emprise différentes mais mis en relation par un traitement paysagé commun. Les plans des typologies de logement semblent être à l’origine des emprises des bâtiments, la cour jardinée en est l’exacte inverse. Son traitement est unitaire bien que des espaces privés se distinguent des passages « publics ». Il est également fortement remarquable que les enveloppes des bâtiments sont pensées pour assurer la cohérence d’ensemble : un béton dont la diversité se fait dans la nuance se retrouve sur la plupart des îlots et les exceptions telles que la présence ponctuelle de bois sont réservées à des emplacements bien particuliers (bâtiments bas, intérieurs des loggias,...). Si certains verront dans ce traitement des façades, dans le choix du stabilisé au sol ou dans les percements réguliers des façades une référence aux constructions traditionnelles de la Presqu’île lyonnaise et d’autres une simple recherche de sobriété, il est tout de même clair que l’uniformité de l’îlot est des plus réussies.




Confluence : phase 2, îlot A3, plan de RDC et de la cours jardinée
Source : Herzog & de Meuron,  Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.10



Un mode de faire qui participe du succès

D’après la plupart des acteurs ayant participé à la réalisation de l’îlot, le fonctionnement de l’équipe est l’un des gages de réussite. D’un coté, le rôle de « chef-d’îlot » est de produire une mission de synthèse ; il est à ce sujet l’interlocuteur référent auprès du maître d’ouvrage, ceci dans un soucis d’efficacité et de gain de temps. David Chipperfield, à la tête d’une autre agence de renom, est l’architecte « chef-d’îlot » du projet voisin (îlots A1 et A2). Il dira de ce rôle - et de la possibilité de travailler en équipe plus généralement - qu’il lui permet de sortir de son quotidien de travail isolé et de s’ « insérer dans un projet urbain global » (21). Manuel Aires Mateus, à la tête d’une agence qui collabore sur ce projet avec David Chipperfield, soulignera que cette façon de travailler permet à l’architecte « chef-d’îlot » de valoriser le travail de chacun. (22) A ce rôle de synthèse et de valorisation s’ajoute, pour l’îlot A3, un rôle spécifique pour la seule agence locale et nonétrangère du groupement. AFAA a alors assuré la coordination des plans grâce à sa connaissance du territoire et des réglementations. Cette disposition permet de répartir les tâches au sein de l’équipe de maîtrise d’oeuvre. Cette même agence a accueilli dans ses locaux les autres bureaux pour des workshops hebdomadaires ; un rythme soutenu qui nécessite un travail de coordination et qui permet la bonne transmission des informations d’après Stéphane Vera (23) entre architectes et promoteur. La place de la promotion privée et de ce mode de travail a permis d’intégrer très tôt dans la conception l’entreprise de construction Léon Grosse. Le choix de décliner le béton dans toutes ses formes s’est alors fait rapidement ce qui participe également à l’explication de la cohérence d’ensemble : des recherches ont pu être développées sur le traitement de ce matériau. Volonté de traitement unitaire et référence aux matériaux minéraux lyonnais pourrait alors également s’expliquer par une recherche d’économie de moyens. Il n’empêche que ce mode de fonctionnement a permis un prototypage des façades de tous les bâtiments afin de pouvoir s’accorder sur les rapports réciproques (24). L’interaction entre les différentes agences de la maîtrise d’oeuvre, la maîtrise d’ouvrage et l’entreprise de construction est alors à l’origine d’un travail de synthèse qui permet, à la fois, la cohérence générale et des économies globales ; les différents entretiens ne permettent tout de même pas de souligner lequel de ces paramètres a été prédominant.


Cette qualité peut-elle être maintenue dans d’autres contextes ?

La raison principale du succès de cet îlot est donc son unité. Cette dernière est possible grâce à un déplacement de l’échelle de sélection d’un lauréat pour un projet. Ce processus ne s’est pas fait pour le lot ou la parcelle mais pour l’îlot. S’agit-il alors, pour obtenir une forme de cohérence, de confier l’aménagement urbain au privé ? Certains diront que cette démarche permet le développement d’innovations plus conséquentes (en termes énergétique notamment), d’autres répondront que ce n’est pas le rôle du privé de concevoir et gérer des espaces « publics ». L’unité est également possible par le groupement qui associe très en amont promoteur, constructeur et concepteur. Certains y verront un processus de travail constructif, d’autres la vassalisation de l’architecte au promoteur. Certains y trouveront la possibilité d’associer de jeunes agences locales à des bureaux confirmés, d’autres retiendront l’objectif d’économie de moyen recherchée en construisant plus gros. Si l’exemple de l’îlot A3 est réussi, notre positionnement entre ces différents points de vue fait le choix de questionner le potentiel de succès d’un autre projet dans ces conditions. L’îlot A3 est démonstrateur de la ZAC, fait partie du catalogue du promoteur et du constructeur, a été réalisé par des agences d’architecture de renommée internationale (dont celle qui a fait le plan directeur) et bénéficiait d’un soutien politique. Elle avait donc toutes les chances de réussir. Ce mode de fonctionnement peut-il produire les mêmes résultats sur les autres îlots de ce même quartier, à des endroits où l’ambition sera moins importante ? L’avenir de Lyon Confluence nous le dira.




Confluence : phase 2, îlot A3
Document de l’auteur



Conclusion

Le revirement entre la première phase de Confluence et la seconde présente un aspect plus visible qu’un autre. D’un coté, on constate un changement aussi bien sur les formes urbaines et sur l’apparence architecturale. D’un autre, on remarque une évolution sur les modes de faire le groupement mêlant maîtrise d’oeuvre et maîtrise d’ouvrage. L’objet de cette étude a été de démontrer que ces deux aspects sont intimement corrélés. A l’échelle du plan directeur, l’assagissement des formes passe par des consultations qui concernent non pas la parcelle mais l’îlot. Si ce changement permet un positionnement du projet dans le contexte lyonnais, il questionne également le rôle que le public laisse au promoteur privé dans la conception et la gestion des espaces alors considérés comme publics. A l’échelle de l’îlot, l’unité urbaine et architecturale est issue d’un travail en workshop qui associe très en amont promoteur, concepteurs et constructeur. Si ce travail de co-conception est salué, des doutes pourront être émis quant à l’objectif prioritaire porté ; innovation ou économie de moyens ? Bien qu’elle ne souhaite pas s’inscrire en faveur de l’un de ces positionnement, cette étude a néanmoins permis de s’intéresser à un mode de faire qui prend de nos jours de plus en plus dans la fabrique de la ville : les démarches de projet (25). Relativement neuves dans le paysage urbain, les coalitions d’acteurs publics et privés en sont une part intégrante ; l’étude dans les années à venir de projets comme Confluence 2 permettra de juger de la pérennité de telles opérations d’aménagement.


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(1) Pinson G. (2006), « Projets de ville et gouvernance urbaine. Pluralisation des espaces politiques et recomposition d’une capacité d’action collective dans les villes européennes », Revue française de science politique, 2006/4 (Vol. 56).
(2) Sonnette, S., « Lyon Confluence phase 1, tête de gondole », Espazium, 26.02.15.
(3) Allix, G., « Urbanisme : Lyon Confluence troque la couleur pour la rigueur », Le Monde, 02.06.18.
(4) Masboungi, A., Projets urbains durables : stratégies, éditions du Moniteur, Paris, 2012
(5) Lyon Confluence, « Le temps de l’aménagement urbain, interview de Jean-Pierre Gallet », 2013.
(6) Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.1
(7) Depagneux, M.A., « Lyon s'engage dans la dernière phase du quartier Confluence », Les Echos, 27.09.11.
(8) Allix, G., « Urbanisme : Lyon Confluence troque la couleur pour la rigueur », Le Monde, 02.06.18.
(9) Darrieus, M., « De calme et de rigueur : Lyon Confluence selon Herzog & De Meuron », AMC, 08.04.19.
(10) Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.5
(11) La Confluence Lyon, Dossier de presse : A3, premier îlot opérationnel de la deuxième phase, 16.01.14
(12) Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.4
(13) Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.7
(14) P. D., « Trois Consultations pour la Confluence », Le Moniteur, 20.04.12.
(15) Allix, G., « Urbanisme : Lyon Confluence troque la couleur pour la rigueur », Le Monde, 02.06.18.
(16) Darrieus, M., « De calme et de rigueur : Lyon Confluence selon Herzog & De Meuron », AMC, 08.04.19.
(17) Allix, G., « Urbanisme : Lyon Confluence troque la couleur pour la rigueur », Le Monde, 02.06.18.
(18) Monier-Vinard, B., « Lyon-Confluence 2, moins c’est plus », Le Point, 31.01.19
(19) Lyon Confluence, « Regards d’architectes - Happy par Tatiana Bilbao », 2017.
(20) Davoine, G., « Lyon-Confluence 2 à la recherche d'une identité architecturale », AMC, 12.03.14.
(21) N’Haux, E., « David Chipperfield désigné architecte coordonnateur des îlots A1 et A2 à Lyon Confluence », Le Moniteur, 01.07.16.
(22) Lyon Confluence, « Les îlots A1-A2 N (La Confluence, Lyon) présentés par leurs architectes », 03.17.
(23) Lyon Confluence, « Les îlots A1-A2 N (La Confluence, Lyon) présentés par leurs architectes », 03.17.
(24) Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3, 18.05.18, p.2
(25) Dormois R. (2005), Les politiques urbaines. Histoire et enjeux contemporaines, Presses universitaires de Rennes.


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Bibliographie

- Allix, G., « Urbanisme : Lyon Confluence troque la couleur pour la rigueur », Le Monde , 02.06.18.
- Darrieus, M., « De calme et de rigueur : Lyon Confluence selon Herzog & De Meuron », AMC , 08.04.19. Disponible en ligne : https://www.amc-archi.com/photos/de-calme-et-de-rigueur-lyon-confluence-selonherzog-
- De-meuron,10006/ilot-pilote-lyon-confluence-2.1
- Davoine, G., « Lyon-Confluence 2 à la recherche d'une identité architecturale », AMC , 12.03.14.
- Depagneux, M.A., « Lyon s'engage dans la dernière phase du quartier Confluence », Les Echos , 27.09.11.
- Dormois R. (2005), Les politiques urbaines. Histoire et enjeux contemporaines , Presses universitaires de Rennes.
- Herzog & de Meuron, Lyon Confluence : îlot A3 , 18.05.18.
- La Confluence Lyon, Dossier de presse : A3, premier îlot opérationnel de la deuxième phase , 16.01.14
- Lyon Confluence, « Le temps de l’aménagement urbain, interview de Jean-Pierre Gallet », 2013. Disponible en ligne : https://vimeo.com/79678714
- Lyon Confluence, « Les îlots A1-A2 N (La Confluence, Lyon) présentés par leurs architectes », 03.17. Disponible en ligne : https://vimeo.com/210265563
- Lyon Confluence, « Regards d’architectes - Happy par Tatiana Bilbao », 2017. Disponible en ligne : https://vimeo.com/229866718
- Masboungi, A., Projets urbains durables : stratégies , éditions du Moniteur, Paris, 2012
- Monier-Vinard, B., « Lyon-Confluence 2, moins c’est plus », Le Point , 31.01.19.
- N’Haux, E., « David Chipperfield désigné architecte coordonnateur des îlots A1 et A2 à Lyon Confluence »,
- Le Moniteur , 01.07.16. Disponible en ligne : https://www.lemoniteur.fr/article/david-chipperfield-designearchitecte-coordonnateur-des-ilots-a1et-a2-a-lyon-confluence.1256089
- P. D., « Trois Consultations pour la Confluence », Le Moniteur , 20.04.12.
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- Sonnette, S., « Lyon Confluence phase 1, tête de gondole », Espazium , 26.02.15. Disponible en ligne https://www.espazium.ch/fr/actualites/lyon-confluence-phase-1-tete-de-gondole

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