Appel à idées #2 

Normalité corporelle



Figures vives a invité les participants pour ce deuxième appel à idées à imaginer une nouvelle normalité du corps et l’espace de vie découlant de ses particularités.

Silhouettes humaines standardisées, morphologies normées, corps banalisés ? Le corps humain - ses dimensions, ses articulations, les mouvements qu’il est en capacité de produire mais aussi la façon dont ses sens captent les stimulis du milieu et lui permettent d’appré-hender l’espace - détermine les environnements construits pour satisfaire son épanouissement.

Atrophie, augmentation d’un membre, étirement, déformations, superpouvoir, porosité du corps, prothèses technologiques, sens inhibé ou exacerbé, tolérance aux températures extrêmes, branchies ou autre hybridation animale... Tout ce qui permet de changer la perception et l’appréhension de l’espace par le corps.

Figures vives retransmet ici les réponses des 29 participants, classées par ordre alphabétique, en exposant d’abord l’image; puis le texte et son titre.
















A L’ECHELLE
Luc ANUSZEWSKI & Maria Paloma SANCHEZ
Il est 8h, Emilie a tout juste la bonne taille. À 10h, son chez soi est déjà trop étroit pourtant hier encore elle se perdait dans cette pièce immense dont elle ne pouvait atteindre les limites. Ni trop grand ni trop petit, son appartement n’a jamais été à l’échelle de ses différentes échelles.
Le corps d’Emilie changeait de taille de façon aléatoire pour une raison tout à fait naturelle mais qui lui échappait complètement, tandis que son environnement restait, quant à lui, tristement fixe. Un studio à “échelle humaine”, un espace projeté d’après une mesure moyenne de référence, une échelle absolue qui ne tenait pas debout.
Emilie a tout juste la bonne taille, et cet espace absurde devra s’en accommoder.





E-ROULEAU
Antoine BARTH
L’homme possède de nombreux besoins vitaux. Parmi eux, certains sont satisfaits par la nature ; c’est le cas de la respiration. D’autres nécessitent des actions volontaires de l’individu ; ce dernier doit utiliser son corps pour les assouvir.
Le « smartphone » ou « téléphone intelligent » confère à l’homme des propriétés supplémentaires à celles qui lui sont naturellement données. Grâca à cet outil, l’homme gagne des « applications » : sa force de calcul est augmentée, sa mémoire est décuplée, son sens de l’observation est illimité. Plus encore : sa vie sociale y est contenue. Cet outil se tient dans la main, il devient une extension du corps de l’homme. Pour bénéficier de ses « applications », l’homme doit constamment le porter dans un mouvement qui, pour les plus habiles, sera qualifié de fluide et, pour les plus gauches, de maladroit. Mais ces deux types de personnes ont en commun qu’elles n’ont pas la possibilité de conserver dans leur main l’outil lorsque leur corps leur demande de répondre aux signaux émotionnels qui
caractérisent les besoins primaires. Heuresement, la société est bien faite. Pour la plupart des lieux dédiés à ces besoins, on a pensé un mobilier capable de les accueillir pendant le temps de la satisfaction. Chevet pendant que l’on dort ou table pendant que l’on mange ou boit : des mobiliers s’occupent fièrement de nos extensions. Une exception seulement ; rien ne permet de poser l’outil aux toilettes.
e-Rouleau apporte enfin une réponse généreuse et adéquate à ce manque.




JUMPER
Chloé BION
2058. Planète Gamma. Les êtres humains ont muté. Ils ont développé des ressorts à la place des genoux. On les appelle les Jumpers. Les Jumpers peuvent effectuer des bonds de plusieurs (dizaines de) mètres sans effort, ni élan. Cette nouvelle normalité corporelle leur permet d’investir l’espace dans toutes ses dimensions. Ils vivent dans des immeubles dépourvus de cages d’escalier et accèdent à leurs appartements en jumpant directement à leur étage. La porte d’entrée de leur logement n’est plus cantonnée au rez-de-chaussée mais peut se situer à n’importe quelle hauteur. A l’intérieur, un espace ouvert libéré de portes, de couloirs et d’escaliers pour laisser toute liberté au Jumper de se déplacer. La répartition des pièces ne se fait plus sur un mode horizontal, à l’aide de cloisons, mais de façon verticale, en jouant sur les différences de hauteur et de profondeur. Les espaces partagés sont les plus visibles et facilement accessibles tandis que les plus intimes sont
retranchées vers les coins et le plafond, à l’abri des regards. La notion même de pièce doit être repensée, les meubles réinventés. Ont-ils encore besoin de pieds quand ils peuvent être fixés au mur, à 6 mètres de hauteur, ou suspendus au plafond comme des balançoires ?Qu’en est-il de la gestion des flux dans le logement ? Comment éviter les collisions ? Doit-on envisager des plafonds suffisamment souples pour absorber le choc des Jumpers maladroits?



SANS ATTACHES
Estelle BRANDONJe cachais ma tête sous les draps. Ma chambre avait tourné et le soleil traversant les creux du cube venait remplir doucement la pièce. En levant le regard, j’aperçus la cuisine flotter lentement au dessous de moi. Le café fumait. Glissant hors de la chaleur de mon lit, je me laissais tomber jusqu’à la table, attrapais une tasse et rejoignis l’ouverture panoramique pour contempler le paysage où le vent nous avait poussés.



À CONTRE“CORPS”
Clément CHIVOT
Parler du corps, c’est bien souvent souligner un mouvement, une gestuelle, une dynamique. Parler du corps en architecture, c’est aussi le révéler dans la coupe. Faire usage de la coupe, c’est permettre de représenter les proportion, les accords entre l’espace et le corps.
La proposition vise à construire un «monde» en coupe. Celui-ci relève tantôt du domaine du domestique, du quotidien, soulève l’abstraction de scènes potentielles dans lesquelles l’Homme intéragirait. L’idée ici n’est pas d’imaginer un futur lointain dans lequel la morpho-logie corporelle serait mutée ou altérée mais plutôt de dévoiler un présent inconscient. La kinéstésie qui s’instaure ici est déstabilisante et peut s’avérer malaisante de prime abord.
La technologie environnante nous isole, nous confronte à nous-même. Les échanges, le discours, les relations naturelles tendent à s’effacer malgré la beauté qui nous entoure qu’elle soit naturelle, culturelle ou architecturale. Si notre anatomie est soumise à rudes épreuves dans notre vie c’est parce que l’Homme d’aujourd’hui cherche la performance, la perfection, le dépassement de soi et par conséquent le dépassement de son corps. Aussi nos postures quotidiennes se répètent sans cesse, elles sont inconscientes, s’avèrent inadaptées, pauvres. L’isolement technologique en est une des origines. Et si l’altération corporelle serait redéfinie ? Ne serait-ce pas une transmutation de l’espace architectural sur le corps ? L’architecture doit provoquer, être le miroir de nos gestes, intéragir avec nos corps, favoriser l’introspection jusqu’à ce que corps et matière communiquent, ne fassent plus qu’un.




GENRE ET RECREATION
Benjamin DELAFORCADE
Dans notre société, le genre est assigné à la naissance à partir de l’examen des organes génitaux externes de l’individu. Nous imaginons des êtres humains aux organes génitaux indifférenciés. Comment l’espace et l’occupation de l’espace évolueraient dans un contexte dénué de notion de genre ? En se basant sur les travaux de la géographe Édith Maruéjouls, on imagine une cour de récréation dont la structure ne prend pas en compte les stéréotypes de genre. Pas de terrain de football central réservé aux garçons les plus athlétiques. Pas de zones périphériques dans lesquelles les petites filles se font discrètes. La cour de récréation non-genrée est modulaire. Elle est composée en son centre d’un forum, enchevêtrement de formes organiques dans lesquels les élèves peuvent s’asseoir, jouer, se cacher, discuter et choisir ensemble les activités qu’ils vont entreprendre. Trois zones d’activités inclusives et un espace couvert s’articulent autour. Une zone ballon, une zone craie et une zone athlétisme. La modularité de l’espace implique une multidisciplinarité dans la cour de récréation et permet l’inclusion de chaque élève. L’intérêt est de modifier l’usage de l’espace en fonction des élèves, de leurs capacités et de leurs préférences. De permettre le choix d’une activité à laquelle chacun peut participer. À travers cet exemple, on s’interroge sur les autres espaces de communauté et sur l’impact qu’exerce sur eux la notion de genre et de hiérarchisation du genre.




MUTATION D’UN CORPS SOCIAL
Colomban DE MASCAVEL
Dominants, Dominés,
S’obliger à dominer
Dominer en s’augmentant
S’augmenter pour contrôler
Contrôler pour posséder
Posséder et s’enrichir
S’enrichir pour s’élever
Élever en éduquant
Éduquer à la discipline
Se discipliner pour ignorer
Ignorer à se standardiser
Standardiser la production
Produire et consommer
Consommer pour posséder
Posséder pour oublier
Oublier d’être dominé




L’HYPERSENSIBLE
Ipek ERKER
Sensation
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par lés blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, je sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue. A. Rimbaud

L’hypersensible a retrouvé son lien d’appartenance à son environnement, en surpassant ses caractéristiques physiques primaires : ses dimensions, sa matérialité, sa couleur, sa chaleur, sa fraîcheur, ...
L’hypersensible fait l’expérience de la connexion de soi à l’espace : sentir le vide entre ses pieds et le sol, l’air bouger autour de son corps, la vibration d’une présence lointaine.
L’hypersensible voit la lumière avec sa peau, perçoit les distances avec son corps, et capte la singularité de chaque lieu à sa manière. Dans un grand paysage, dans une cage d’ascenseur, dans la rue dans la foule, l’hypersensible n’a pas de « sens » : c’est un ensemble de sensations subtiles.




LA MODULORE
Pierre ESCOBAR
Inventé en 1945 par Le Corbusier, le Modulor avait pour but d’être l’échelle de dimensionnement de l’habitat fonctionnel. Il est ensuite devenu, avec le style international et la reconstruction de l’après guerre, un model global de mesure qui a structuré les constructions des grands ensem-bles pendant plusieurs décennies. Même s’il est aujourd’hui souvent critiqué pour sa rigidité, il encore très présent dans les écoles d’architecture comme model de référence.
Avec ses larges épaules, ses jambes musclées, et sa haute taille, le Modulor exprime de manière littérale l’idéal de la figure masculine. Le fait d’être un homme n’est d’ailleurs pas nouveau car il se veut une réponse à l’homme de Vitruve, dessiné par Léonard de Vinci en 1490, qui lui même est basé sur le traité de Vitruve écrit il y a plus de 2000 ans.
Dans un monde de plus en plus féminin, ce model en devient presque ridicule. Nous avons donc fait l’exercice de dessiner “La Modulore” sur base d’une silhouette et taille féminine standard. Cette proposition ouvre un imaginaire critique à l’architecture moderne qui laisse entrevoir, à travers cette nouvelle unité de mesure, des bâtiments aux tailles et proportions nouvelles où les hommes seraient ceux qui s’adaptent.




PHONE URBAINE
Nicolas ETIENNE-HAUCK
Autrefois les rues de mon quartier étaient identifiables par ces couleurs, ces perspectives sinueuses, ces noms de rues, ces tags parsemés à de nombreux coin de rues, les messages illustrés qui touchaient la mémoire et la vue. Plus de rouge, plus de grès, plus de gris, plus de pavés, plus de Notre-Dame ! Dirent les dernières générations.
On ne sait pas vraiment à quel moment cela à commencer. Cinquante ans peut-être plus. C’est à ce moment-là que le monde est devenu flou, l’humanité aveugle. Cela ne l’a pas empêché étonnamment de commencer à entendre, les oreilles grandirent pour capter une multitude de sons nouveaux. Les bruits avaient une image. D’oculocentrisme pleuraient les premiers, l’écho-locentrisme priaient les suivants. Nous nous sommes mis à écouter et à échommuniquer. Nous nous sentions tels des chauves-souris, les ailes en moins ! Dirent les dernières générations.
Autrefois lisses, les façades de mon quartier se sont habillées de phones, un tapis mural de tiges imaginé par je ne sais qui, et qui, grâce au principe d’écho biomimétique de résonnance des sons, a permis de d’écrire l’environnement immédiat, identifiables par le message transcrit par leur disposition, leur densité et leur longueur. L’espace urbain devenu vivant et les murs un livre, les gens se sont mis à sortir et entreprirent de se divertir de ses phones. Les murs se sont mis à parler ! Dirent les dernières générations.




CORPS DANS L’ESPACE OU CORPS-ESPACE ?
Eleonore FERRAGU
« Un éléphant rentre dans un bar, qu’est ce qu’il prend ? »
« De la place »
De la place ou de l’espace ? Comme cet éléphant, à chaque fois que nous entrons dans une pièce, nous occupons un certain espace. Plus on est nombreux, plus on est volumineux, plus cet espace est important.
La zone de contact entre le volume de la pièce et l’homme est sa peau. Cette zone de contact est d’autant plus importante que le corps est volumineux. Un éléphant, on l’a dit, ça prend de la place. Et nous, humains, on en prend combien ?
Si l’on pouvait se détacher de sa peau ; lentement la retirer et la développer sur le sol, on se rendrait compte de sa surface. La surface de ma peau serait ainsi contenue dans un carré de 1,25 m de côté. 1,6 m2.*




ENFANTS DE LA LUNE
Charlotte FERREUX & Estelle FILLIAT
Quand le soleil devient ton pire ennemi. Les enfants de la lune sont atteints d’une maladie appelée xeroderma pigmentosum ou peau en parchemin, qui impose dès lors de fuir tout contact avec les ultraviolets, sous peine de provoquer une hyperpigmentation et des troubles oculaires ou nerveux au point d’en mourir.
Qu’advient-il de la ville quand la lumière du soleil n’est plus supportable pour l’Homme ?
Comment appréhender l’espace lorsque les sorties sont réduites et les activités pratiquées de nuit ? Comment éviter l’exclusion sociale que la vie à un autre rythme peut engendrer ?
Dans l’obscurité, la ville aux apparences dystopiques se déploie alors tentaculaire. Telles des racines, les programmes s’entrelacent, la fourmilière s’anime dans ce labyrinthe de ruelles et de crevasses. La ville se construit autour de puits qui permettent la circulation de l’air
jusqu’à la nappe phréatique et régule ainsi la température des souterrain. A l’extérieur, les cultures, les arbres côtoient les forêts d’antennes. La nature reprend ses droits, reléguant l’emprunte de l’Homme à de simples taches dans le paysage, dont on ne devine seulement par les fumées et les lueurs la partie immergée de l’iceberg. Paysage lunaire imaginaire, les enfants de la lune parcourent ces entrelacs urbains dans l’insaisissable nuit protectrice.




CORPS DANS L’ESPACE OU CORPS-ESPACE ?
Emilie FROELICH
Les humains, face à l’urgence de réduire leur consommation d’énergie, ont choisi de n’acclimater plus qu’une infime couche de l’espace qui les entoure. Très vite, ils n’ont plus eu besoin de s’organiser en société physique et habitent aujourd’hui la terre de façon solitaire : poète, jardinier, explorateur.
Sur la toile, ils échangent cependant les informations qu’ils recueillent; ils documentent la présence des espèces, les mouvements géologiques, les phénomènes météorologiques. Les seuls espaces intérieurs restants sont les nids où grandissent les enfants. Ils y découvrent leur corps à travers des paysages artificiels qui proposent une large variété de caractéristiques physiques. Avant la fin de leur croissance, ils devront élaborer leur propre combinaison en fonction de leurs aspirations à habiter tel ou tel territoire ouvert.
Pour orienter ce choix, en plus d’avoir accès aux données recueillies sur leterrain, ils reçoivent ponctuellement la visite d’adultes «en transition», qui viennent adapter leur combinaison à un nouvel environnement. Ces derniers content aux enfants les beautés des deltas, des glaciers, des déserts de sel. Bien entendu, ils chantent aussi les louanges des zones climatiques douces à vivre : là où l’eau douce et les fruits sont disponibles à profusion et où l’on ne nécessite guère plus qu’un léger filtre UV pour protéger sa peau du soleil.
Mais les adolescents sur le point de quitter le nid, las des cris des bambins, aspirent le plus souvent à explorer des zones moins densément peuplées et pleines de mystères comme les fonds marins ou les ruines des mégalopoles du XXIème siècle.




SYMÉ-QUOI ?
Grégoire HUBERT
«A l’origine de la symétrie en architecture ou en urbanisme, il y a celle, naturelle, du corps humain : la symétrie est ainsi une forme d’incarnation de l’homme dans la matière inerte, qui fait se correspondre le créateur et la création dans une même régularité géométrique. Identification de l’objet à l’être qui lui a donné forme, besoin éternel de sécurité et d’intelligibilité en assimilant l’Autre à soi.»1
Dans une autre réalité, le corps humain ne présente pas d’axe de symétrie et ses organes internes comme externes s’organisent selon des règles qui nous échappent. Ainsi, au cours de l’Histoire, des bâtiments se sont élevés, des œuvres ont été créées, mais la symétrie y est absente. Puisqu’elle ne fait plus écho au corps de l’être humain, aucune qualité esthétique ne lui est attribuée. On la retrouve parfois au fruit d’un hasard, mais c’est à peine si on la nomme.
Une scène d’un film montrant dans notre monde un intérieur ultra-symétrique est maintenant reconsidérée. Ce n’est pas seulement l’esthétique de cet espace qui change, sa composition, mais aussi la façon dont celui-ci est montré, cadré.

1 Ricardo Bofill et Nicolas Véron, L’Architecture des villes, 1995, p.145
2 Wes Anderson, The Grand Budapest Hotel, 2014





RESTEZ DESEQUILIBRES
Juliette JACQ
Après plusieurs mois d’immobilisme, de postures statiques, de micromouvements dans un espace réduit, couché - debout - assis - debout - assis - couché - debout - assis - debout
Alors que la raideur et l’orthogonalité contraignaient tous les jours les corps humains dans une inlassable répétitivité, horizontal - vertical - angles droits - vertical - angles droits - vertical.
L’être humain se déséquilibre.
Son corps réagit, il se reveille. L’oreille interne ne fonctionne plus. Son sens inné de l’équilibre se transforme. L’Homme retrouve le mouvement. Impossible de rester figé, il faut sans cesse rectifier sa position pour stabiliser son axe. Une jambe se plie, un bras se lève, la tête se penche, et quand on pense sentir une position équilibrée, on vacille, et on reprend la danse. Le mouvement stimule en l’être humain des parties du cerveaux auparavant endormies. L’adrénaline de la chute menaçante et la dopamine du jeu se répandent en lui. Il retrouve la conscience de son corps, il est joyeux, il est heureux.
Le mouvement devient un besoin existentiel de l’Homme, la ville se transforme en terrain de jeux du mouvement par nécessicité. Courbes, articulations, tensions, contraction, la ville se dessine à la mesure du corps humain en mouvement.




LA TARTE AUX POIREAUX
Martin JOURNOT
Francis faisait de la recherche fondamentale en biologie moléculaire au CBRS de Limoges, c’est du moins ce qu’il aimait raconter aux clients du PMU qu’il fréquentait quotidiennement. En 30 années de carrière, Francis avait beaucoup cherché, mais peu trouvé. A quelques mois de son remerciement, il fit cependant une découverte qui allait profondément changer l’humanité. Francis n’a jamais réussi à démontrer quelles molécules étaient responsables de sa trouvaille, mais le constat est sans appel : la consommation exclusive de tarte aux poireaux a un effet saisissant sur la régénération de nos cellules.
Il a suffi de quelques années pour que l’industrie agro-alimentaire et les laboratoires s’emparent de ses recherches.  La plupart des cancers parviennent à être soignés grâce à ce nouveau régime, et le corps humain développe progressivement de prodigieuses facultés de reconstitution immédiate.

Patrick était coordinateur SPS en proche banlieue Parisienne. Il est abonné à Nature depuis plusieurs années et répète régulièrement à Nadine ; « même si j’y comprends rien, ça fait sérieux, t’vois ». Il fut toutefois l’un des premiers à sentir le vent tourner et à se reconvertir dans la production massive de poireaux en Normandie. Son ancien travail lui manque parfois, mais il a enfin l’impression d’être plus utile en participant à la production nationale des fameuses tartes qu’en contrôlant la hauteur d’un garde-corps.




ERDE, L’HUMAIN REBOOTE
Aurélien KRUST
La nature ne reprend pas ses droits, c’est l’Homme qui perd sa nature. En l’an 2442, alors que l’air n’est respirable que lors des mois d’hiver, un consortium allemand réussit à copier la conscience d’un patient atteint d’un cancer généralisé. Cette technologie crée vite l’engouement. En moins d’une décénie, il est proposé à chaque citoyen du monde d’être transféré dans Erde: un univers numérique infini et plus vrai que nature. Finalement, L’ONU décide d’allouer les dernières ressources terrestres à la construction de serveurs pour Erde. Tous les humains, 11 milliard de consciences, sont introduits dans le système. Ces évènements marqueront la fin de l’ère organique de l’humanité. Mais Erde n’est pas conçu pour une telle densité de données. Son mécanisme anti-surchauffe se déclenche et l’ensemble des fichiers sont compressés. Les mille téraoctets, théoriquement nécessaires pour décrire un individu, sont condensés dans une poignée de bytes. Erde associe chaque identifiant humain à une image fixe et un code source implémentés dans les fichiers «.corps» et «.esprit». La vue, le touché, l’odorat, le goût, l’ouïe, notre perception du monde ne se résume désormais qu’à un échange de 0 et de 1. La valeur d’un homme se mesure à sa taille, sa puissance de calcul et la complexité de ses algorithmes. Son corps s’abime à chaque copie, son esprit s’érode au gré des bugs. Nos villes sont des agrégats de diodes et de bobines. Nos rues, nos routes sont de verre ou de cuivre. Nous travaillons dans les tours de processeur et dans les champs de transistor. Erde nous a donné une seconde chance.




ET SOUDAIN, L’OBSCURITÉ
Blandine KUNTZ
Au début on a commencé à pleurer sans raison, à avoir des migraines incontrôlables... Mais personne ne s’est alarmé. Après tout, les écrans étaient devenus essentiels, vitaux. Ils ont fini par nous brûler durablement la rétine et le cristallin. L’humanité devint aveugle et, par un malheureux hasard génétique, le handicap devint, lui, héréditaire.
Un tel changement, et simultané de surcroît, obligea les instances autoritaires de l’époque à repenser notre mode de vie, en profondeur. On créa les districts, regroupement démographiques ruraux, selon des préceptes censés faciliter la vie de ces nouveaux humains atrophiés.
L’usage d’une trame régulière basée sur la longueur du pas devait faciliter l’orientation et le repérage lors de déplacements. On généralisa la marche comme déplacement, à l’aide de souliers à énergie plasma calibrés sur une distance d’une unité métrique (système qui fut abandonné). Pour aider au repérage, chaque quartier fut caractérisé par des paramètres
appelant au toucher (le sol texturé), à l’odorat (odeur diffuse) et à l’ouïe (musique d’ambiance tournant en boucle). L’usage de matériaux peu absorbants et la régularité presque aliénante de l’urbanisme devaient permettre le développement des capacités d’écholocation de chaque individu (la capacité de se repérer grâce à la réverbération des sons). En complément, la technologie rendit possible la greffe d’une IA dans le cervelet, ainsi qu’une «extra-vision sensorielle», centre de contrôle domotique remplaçant tout autre objet numérique.




MAN WITH ARCHICINEMATIC EYES
Marios MITSOPOULOS
Si l’architecture est l’art de fabrication de l’espace, le cinéma est l’art qui s’ouvre au temps.
De l’œil -théâtre de Ledoux à l’œil-camera de Vertov la vision découpe l’espace et transverse le temps. Ici nous imaginons une vision augmentée qui dépasse la perspective spatiale
pour trouver les lignes de fuite du temps. Superposition des temporalités et emboîtement des lieux qui s’entremêlent pour créer des expériences visuelles d’un horizon spatio-temporel. Le temps devient matériau de l’architecture et les situations successives d’un
bâtiment éternellement présents. L’humain parcours ces espaces et fabrique son cadre de vie où mémoire et anticipation se fusionnent à un présent multidimensionnel.




LA DEBBLOUSE
Baptiste PERNOT
Debblouse, nom féminin :
Son nom provient de la contraction du mot blouse ainsi que du nom d’un acteur populaire du début du siècle (se référer à Jamel Debbouze) qui popularisa le port de ce qui servait autrefois de manche au bras droit, dans la poche de pantalon suite à un accident. Apparue au cours de la décennie 2050, la debblouse est vite apparue comme un vestiment unisexe à la fois sobre et élégant. D’abord portée par des populations pauvres et marginalisées, comme les personnels hospitaliers ou les livreurs, sa création est intimement liée à l’épi-démie de Covid 45 qui toucha l’Europe. Une vague de vaccination massive permis d’endi-guer la propagation du virus et de sauver les économies de la zone Paneuro. Dans la précipitation des vaccins de qualités variables furent produits. L’obligation de vaccination et le fort coût du vaccin furent les facteurs qui menèrent à vacciner une partie de la population malgré les effets néfastes irréversibles constatés lors des premiers essais cliniques. La population se divisa alors en deux catégories, ceux ayant eu les moyens d’obtenir un vaccin de qualité et les autres, qui virent leur membre supérieur droit se desécher, désagréger avant de tout simplement se détacher et tomber du tronc du corps du patient. La debblouse permit de masquer dans un premier temps cette infirmité, mais elle devint rapidement un signe distinctif et fut parfois un artefact qui servit à des politiques discriminatoire même si elle est aujourd’hui considérée comme le vêtement indispensable d’une garde-robe et a perdu toute charge symbolique.




L’APRES-MIDI D’UN FAUNE
Noël PICAPER
À quelques pas de l’agitation de la grande ville vit un Faune d’une cinquantaine d’années, peu apprécié de ses voisins. Passionné de flûte de pan, il ne peut s’empêcher d’en jouer, de
jour comme de nuit et ce malgré les nombreuses amendes pour tapage nocturne qu’il reçoit. « Que les lois de notre pays sont mal adaptées. J’ai pourtant l’impression d’être un musicien
accompli », grogne-t-il sans cesse. Vous trouvez la réaction de son entourage excessive ? Je vous l’accorde. Hélas, les délits du faune ne s’arrêtent pas là. Il arrive par exemple qu’il n’ait pas forcément envie d’aller faire ses courses. Il grignote donc les quelques enveloppes qu’il débusque dans les boites aux lettres de sa rue. Imaginez alors la tristesse pour tous ces gens qui espéraient recevoir des nouvelles de leurs proches ainsi que leur déclaration d’impôts sur le revenu. Toutefois attention ! Il serait bien hâtif de vouloir dresser le régime alimentaire d’un Faune uniquement sur cette observation. Le courrier n’est pas son met favori, détrompez-vous. On oublie trop souvent de préciser que ces hommes-chèvres sont de fins gourmets ! La toiture de leur maison se doit donc d’être en adéquation avec leurs papilles. Ici, une nappe végétale parsème une coque en béton. Herbe fraiche, basilic, orties, choux, jonquilles, bégonia, marguerite. Tout est là pour assurer à notre biquette une alimentation saine et équilibrée. Et croyez-moi elle n’est pas prête de décamper. L’architecture de sa demeure est un hommage au poème de Stéphane Mallarmé évoquant les désirs et les rêves d’un faune dans la chaleur d’un après-midi. Cette histoire est un mythe. Les mythes sont des leviers projectuels. Ils s’appuient sur une réalité qu’ils déforment et recomposent afin de lui octroyer des significations nouvelles. Ils fabriquent ainsi un potentiel d’imaginabilité intense dans lequel l’architecture peut piocher pour se réinventer.




HOMO UBIQUE
Alexandre PUECH
En se dotant de la capacité de se déplacer instantanément d’un point à un autre du globe, l’humain a remis en cause fondamentalement l’espace construit. D’un point de vu conceptuel, c’est une tabula rasa de l’architecture tant à la petite qu’à la grande échelle. Un des paramètres fondamentaux de la construction des espaces est le mouvement. La mutation dont il est question ici le concerne particulièrement et réforme donc en profondeur nos usages, nos lieux et nos expériences.
Intéressons-nous à l’espace quotidien du vécu d’un humain. Bien que le rapport au temps et à l’espace soit libéré de nombreuses contraintes, le corps doit continuer à respecter un équilibre pour se maintenir. Le sommeil, les repas, les heures d’activités professionnelles comme les heures d’activité sociale et de détente doivent être contenus dans un cadre que chaque individu peut façonner selon son caractère, sa communauté et ses croyances. A partir de ce cadre, l’espace qui contient ces activités est complètement libre. Celui-ci peut avoir le luxe d’être totalement fermé ou inaccessible. Le déplacement instantané nous autorise à ne plus avoir à franchir de porte ou à gravir d’échelle. L’après-midi nous pouvons prendre rendez-vous avec des collaborateurs à Séoul et retrouver nos amis le soir dans un bar situé au fond de l’océan Atlantique. Enfin nous irons nous coucher dans notre chambre avec vue sur la banquise de l’océan Arctique. L’expérience spatiale est modifiée et les séquences de déplacement de nos corps se fragmentent. L’unité qui régnait autrefois et qui accompagnait un déplacement continu du corps est aujourd’hui obsolète.
L’humain vit aujourd’hui dans une suite d’espaces juxtaposés, qui jouent sur leurs différences et leur contraste. Le rapport entre extérieur et intérieur est également profondément changé. A moins que ce rapport constitue l’essence même de l’expérience proposée, il est désormais supprimé et un lieu peut être vécu exclusivement pour son volume intérieur ou, au contraire, pour son volume extérieur.




SEE IT ALL
Eloïse RUDOLPH
Dans une société qui s’immisce de plus en plus dans la sphère privée de chacun, où
l’accès virtuel à l’art et aux multimédias se fait sans difficultés et sans frais, les premiers prototypes de lunettes à haute visibilité, équipés entre autre de la technologie de caméras thermiques et d’ondes utilisant les rayons gamma, sont vendues à des prix élevés à quelques privilégiés. Elles permettent à leur détenteurs de voir à travers des matériaux de construction présentant des similitudes de caractéristiques (pierre, béton, brique...). Les murs ne sont alors plus que des remparts qui nous protègent physiquement d’agressions ou d’éléments extérieurs divers, climatiques, humains ou animales. Mais notre intimité n’est plus préservée ; dans les sphères privées (habitations...) ou les lieux publics fermés (culturels, professionnels, admi-nistratifs...), ce qui jusqu’à maintenant pouvait être caché devient visible pour ces nouveaux regards intrusifs. Une commercialisation à grande échelle dans un futur proche de ces lunettes aux performances exceptionnelles posera inévitablement la question de la notion de l’espace intime et du domaine privé dans l’architecture et dans l’urbanisme. Faut-il reconsidérer le bâti, rajouter des couches pour garantir l’invisibilité de ces espaces personnels ? Devrait-on prévoir des marges végétales conséquentes autour des immeubles ? Faut-il inventer des nouveaux matériaux de construction plus hermétiques, au risque de voir un jour de nouvelles avancés technologiques rendre leur blindage obsolète? Ou faut-il repenser l’essence même de l’espace urbain? Oser proposer ou imposer une vision plus radicale, où les murs n’existeraient plus. On n’aurait plus qu’une succession de dalles à différentes hauteurs, sans parois - devenues inutiles. L’ensemble serait enfermé dans une cloche hermétique transparente qui protégerait des phénomènes atmosphériques. Pour tout le monde, les notions d’intimité et d’espace privé devront disparaître.




NORMALITE D2
Agathe SAUTET
D2, Diamètre : 2 mètres, Distanciation : 2 siècles
Après 200 ans passés à ne plus pouvoir se toucher, nos corps se sont transformés. Carapace fonctionnelle des premiers temps distanciés, ce double cône a déformé nos corps blessés. Il s’est ancré dans nos chairs, renversant les normes installées. Nos lits, nos tables et nos chaises furent les premiers impactés. Leurs formes modernes ne convenant plus à nos corps difformes, nous les avons changés, sans pouvoir nous détacher de leur essence passée.
Vint l’espace. Un espace fluide et cellulaire. Nos intérieurs furent adaptés en une multitude de bulles juxtaposées. Transparentes et sphériques, nos capsules sont les conditions d’une ville nouvelle aux proportions gonflées. La courbe, surpassant la droite, nous emmène dans ses ondes angoissantes, dessinant un territoire organique capable de nous envelopper.
Nous vivons dans l’espace flottant D2. Une nouvelle normalité corporelle s’est imposée, diktat des espaces conditionnés. Les anciennes villes, inutiles pour la masse mutante, sont aban-données, remplacées, oubliées.
D Dystopie?



UPSIDE DOWN
Anna SHISHKINA & Sofia VOZOVA
What if our, people’s, gravity would be different from everything else on our planet? What if instead of walking on the ground we would be falling into the skies? What if when you drop an apple it will not fall down, but fall up for you? Today we do not think about those things, because we live in a normal world, on a normal surface, with everything around us facing the same way as we are. But what if we were living upside down? In our world we take a lot of things for granted. We walk on the earth, drive our cars and sit at the dining table every day. And never think about what could our world be like if this so common things to us would be different in some way. In our proposal we research what our living environment could  look like if people would face a problem of not being gravitated to Earth, but being pushed away by it. How this would affect our surroundings and how people will have to adapt when things become much harder reachable. Because if you drop something it falls to your ceiling. If you want to grow a plant you will have to climb up to the ground. If you cook your breakfast, you have to do it with food facing upside down from you. You can`t even use a blanket, because whenever you let it go it will fly away from you! In Russian language if someone complains about things being uncomfortable we always say: “It is uncomfortable to sleep on the ceiling”. So what if this becomes your reality?




SANS VOIX
Duc TRUONG
On s’était donné rendez-vous au Troquet Rouge à vingt-heure. C’était le deuxième tour de l’élection du locuteur national. La salle était bondée, il y avait un silence de plomb comme d’habitude. On entendait seulement le cliquetis des machines qui prenait les commandes et qui les imprimaient. Plus que vingt-minutes avant l’annonce téléscriptée. J’aimais bien ce lieu, il était feutré, tamisé et malgré la constante sur abondance de clients, les gérants respectaient toujours le dégagement de la ligne de vue réglementaire en vigueur dans ce genre d’établissement. Les tables étaient disposées de part et d’autre de cette ligne pour que l’on puisse tous voir et être vus si l’on tentait communiquer avec quelqu’un à l’autre bout du bar. C’était un détail qui réjouis-sait mon âme de contrôleur de la norme «commu-nication et sécurité ». Au fond de la salle, au bout de la ligne de vue, se tenait également une pièce en retrait. Une salle de communication orale d’urgence. Je n’ai jamais vu personne utiliser ces salles. En même temps, il valait mieux garder son temps de parole pour sa famille et ses proches. Cette pièce devait seulement servir à de rares occasions, lorsque la parole était indispensable, lorsqu’il fallait véhiculer de l’émotion dans nos informations.
Au comptoir, il y avait Richard, le pilier du bar. On était seulement en Avril mais il avait déjà épuisé son temps de parole. Il demeurerait désormais muet jusqu’aux fêtes de fin d’années. Cela faisait déjà deux semaines que l’on ne pouvait plus l’entendre se plaindre d’avoir tout perdu, il était là, il nous parlait mais nous ne l’entendions plus. Toutes les lumières du comptoir et celles sur les tables se mirent à clignoter en rythme. Plus que dix minutes avant l’allocution. La plupart des gens qui fréquentaient ce bar étaient susceptibles d’avoir voté pour le candidat de centre gauche. Ils ne disaient rien mais je pouvais le lire à leurs manières et sur leur coiffe. Moi , j’avais décidé de confier mes huit minutes quarante de temps de parole au candidat de droite. Il me faisait rire, et si il était obligatoire de dépenser du temps pour les élections, autant pouvoir en rire. L’expression journalistique « confier leurs voix » n’avait jamais eu autant de sens.
Les lumières se mirent à clignoter de nouveau. Plus qu’une minute. Les gens avaient commencé à se rapprocher de leurs scripteurs disposés en bout de table en attente du ticket qui annon-cerait le vainqueur de l’élection. Celui qui remporterait plus de deux mille cinq cents heures de parole selon les derniers sondages. Celui qui allait porter la parole nationale. Je me levai vite pour faire signe à mon amie qui venait de me rejoindre dans le bar quand la porte de la cellule de communication d’urgence s’ouvrit. Tous les regards se tournèrent le long de cette ligne de vue. Un homme en sorti en larmes en s’époumonant d’une voix déstabilisante presque enfantine. Il annonçait une nouvelle tragique. Tout le monde se tût. Personne n’eut de mots pour lui.




L’HOMME SAUVAGE
Elias VOGEL
2040, le monde extérieur privé de sa régénération, devient de plus en plus hostile et inhabitable. L’espace domestique et professionnel s’individualise, les contacts humains sont plastifiés. Une nouvelle réalité virtuelle se démocratise.
2120, l’humanité se retrouve désormais à un niveau de sédentarité extrême, sans possibilités de se déplacer, ni de se rencontrer. Les espèces naturelles ont repris leurs droits, s’invitant dans les villes et s’appropriant l’espace public en effaçant des siècles de destructions des écosystèmes.
2180, l’espace de vie est minimum, une simple capsule dans une pièce, branchée pour permettre de subvenir aux besoins vitaux du corps. L’esprit quant à lui voyage, à travers un univers virtuel maximum. Il reproduit à la perfection et de manière stimulante les sensations physiques. Les traces de l’apogée de la société capitaliste symbolisant la domination de l’homme sur la nature ont disparues. Seules subsistent ces immenses tours abritant ces espaces de vies minimums. Tout autour la nature est luxuriante.
2220, il est désormais possible de vivre à travers un avatar physique se déplaçant dans le véritable monde : «L’homme sauvage». Afin de ne pas perturber les écosystèmes renaissants, ces avatars adoptent alors des apparences animales. Mais peut-on croire à cette réalité retrouvée ?




HOUSE OF THE MANY
Gregor WATSON
Even though artificial intelligence and robotics provide an insight into some aspects of our posthuman future, it still doesn’t seem that our body will become obsolete in the near future. Research tends to want to extend and augment the capabilities of the body by modifying it with technological enhancements. But if the body should be a site for design and augmen-tation, how can it be obsolete at the same time? It is obvious that the natural and the artificial share an ambiguous relationship, within this scope we can posit a situation where techno-logy will be regarded as increasingly naturalized and that the highest levels of technological modifications will be organic. The escape and promise of biotechnology may lead to increased disparities between humans, first social, then physical.
Can we design for the many? Navigating through the ethical values of empathy and worthiness of another’s existence, we will grow to accept those we called monsters and chimeras as ours.
If we consider the act of architecture as the one of separating space the experimental plan builds on the above hypothesis to propose a space of pluralized scales for the humans to come. ... it aims to both irritate and fascinate through the loss of common signals and extensive adjustments made by successive owners




50,84 m = HOME
Anonyme
Après n’avoir laissé que trop durer une situation vécue par tous comme unn des plus grandes injustices sociales de notre ère, le Gouvernement français a décidé de prendre des mesures d’ampleur pour répondre aux attentes des français. Le confinement vécu depuis plusieurs semaines par l’ensemble du pays a amené nos concitoyens à se recentrer sur l’essentiel, à réinvestir leurs foyers, à reconnecter avec leurs proches et le déni de réalité qui fut leur quotidien pendant tant d’années apparut soudain inacceptable. Il s’agit aujourd’hui du jour historique où sera levé le voile pudique apposé années après années sur les yeux de nos jeunes garçons. Faisant suite aux nombreuses attaques menées à l’encontre du pénis des hommes et de leur virilité, et au regard des troubles comportementaux, émotionnels mais aussi sociaux et professionnels qui découlent de l’absence d’une normalisation encadrée par l’État, il a été décidé de concours avec le Conseil Scientifique, de limiter la largeur du vagin des femmes à 0.03mde lèvre à lèvre. Tout amant constatant l’impossibilité de jouissance de sa partenaire pour cause de non respect de la norme en vigueur pourra en
référer au service compétent, qui se verra dans l’obligation de réaliser la mise en conformité de l’organe visé.
Le texte complet de la mesure, portée de concert par le ministère en charge
du logement et de la cohésion des territoires, pourra être retrouvé sur le site
officiel : http://www.accessibilite-batiment.fr/
Vive la République, et vive la France


Mark
figures vives - 2020